Cette longue mélopée avait été dite en français, langue que parlent ou comprennent généralement tous les aventuriers du Nord-ouest américain.
Malgré leur ébriété, la plupart des Apôtres l'avaient écoutée avec une attention soutenue, soit qu'ils fussent charmés par la voix mélodieuse de Meneh-Ouiakon, soit par déférence pour leur capitaine, dont les yeux couvaient avec amour la chanteuse.
Mais, à peine eut-elle fini, que l'un d'eux, Thadée, celui qui s'était senti blessé par les couplets de Jacques-le-Majeur, et qui, plus d'une fois, avait tenté d'interrompre la jeune fille, se leva dans un transport de rage.
—On nous insulte! cria-t-il d'une voix altérée.
—Qui? Quoi? demanda l'Écorché.
—On insulte les Anglais, et nous sommes plusieurs ici de cette origine.
—D'abord, fit le flegmatique Judas, nous ne reconnaissons pas de nationalité ici. Tu as tort de te fâcher.
—Eh bien, alors, par le diable, je vais chanter à mon tour, et rira bien qui rira le dernier, reprit Thadée.
—Chante si ça te fait plaisir. Mais il me semble que c'est assez de chansons comme cela.
—Non, j'ai dit que je chanterais, et je chanterai!