—N'aie donc pas peur!
—Mais ça va chavirer, reprit Godailleur qui, entrant dans l'eau jusqu'à mi-jambe, avait pose un pied dans le frêle esquif.
—Couche-toi à l'avant et ne bouge pas.
Jacot obéit, non sans trembler quelque peu, et le canot glissa dans la baie profonde formée par le lac Supérieur au sein même de la presqu'île Kiouinâ.
Le ciel était d'un bleu sans tache, l'air vif. On respirait, à pleins poumons, les fortifiantes senteurs des plantes qui commençaient à fleurir; cent oiseaux, au brillant plumage, babillaient sur l'onde, ou voltigeaient, en caquetant, dans les branches des arbres; Meneh-Ouiakon se prit à adresser sa prière à l'Éternel:
Rot Ko ni yest ne Ra nih ha,
Ne o ni Roe wâ ye,
Ne o ni ne sa da yough touh,
Ro ni gogh vi yough stouh…[42]
[Note 42; Mot à mot:
Au Père, au Fils, au Saint-Esprit,
Le Dieu que nous adorons,
Gloire soit, comme a été, est maintenant,
Et sera tout jamais.]
Elle achevait cette hymne si belle, si musicale en l'idiome dont elle se servait, quand le canot déboucha dans le lac Supérieur.
—Vous avez déjà fini, mam'selle? demanda Godailleur d'un ton de regret. Je n'y ai pas compris un mot, mais n'empêche qu'elle est diablement harmonieuse, votre chanson, et si vous vouliez m'en dire encore un couplet on deux…