«Les visages-pâles, les chiens de visages-pâles ont égorgé mon père, mes frères et mes fils; ils ont violé ma femme et mes filles; leurs victimes crient depuis vingt hivers vengeance à mes oreilles, mais j'ai fait un captif, un captif blanc, mais je le brûlerai, mon captif, mon captif blanc, pour apaiser leurs manes et en l'honneur de Nanibojou.»
«Car Nanibojou a fait la terre [49].»
[Note 49: Nanibojou, appelé aussi Manabojou, est considéré comme le créateur du monde par plusieurs tribus indiennes.]
Ces paroles, il les répétait sur tous les tons imaginables, en se démenant dans sa cabane comme un épileptique.
Las enfin de vociférer et de se désarticuler les membres, il prit un calumet, le bourra de tabac, et s'asseyant sur les talons, en face de Jacot, plus mort que vif, il se mit à fumer.
Meneh-Ouiakon alors se leva et entra résolument dans le wigwam.
A sa vue, Godailleur fit un mouvement de joie. Mais elle lui adressa un signe pour qu'il se contint.
Quoique l'arrivée de la jeune squaw n'eût point échappé à l'Indien, il ne bougea pas, n'ouvrit pas la bouche.
—Je suis la fille des sachems nadoessis, dit Meneh-Ouiakon.
—Je le sais, répondit le vieillard.