CHAPITRE XVIII
LA LOI DE LYNCH
Quelque temps après que Dubreuil eut expédié cette lettre, secrètement remise, comme la première, à un coureur des Bois qui la devait jeter ou faire jeter à la poste du Sault-Sainte-Marie, et un soir que l'ingénieur se promenait derrière la factorerie, dans l'enclos renfermant le cimetière des Blancs et celui des Indiens, Jésus vint à sa rencontre.
—Tu aimes, dit-il de sa voix mélodieuse, les charmes de la nature?
—Près d'un champ mortuaire je ne saurais les admirer, répondit sèchement l'ingénieur.
—Pourquoi? C'est le champ du repos, du seul et unique repos! murmura le Mangeux-d'Hommes avec douceur. Moi aussi j'aime à rêver ici, devant ces tombes qui parlent si éloquemment dans leur profond silence, alors que l'oreille est réjouie par le concert de la grive, de l'oiseau jaune, de l'oiseau bleu, de ce robin à la gorge écarlate, du whip-poor-whip [59] dont le chant étrange ouvre carrière aux méditations de l'homme réfléchi.
[Note 59: Espèce de tiercelet dont le cri a quelque chose d'humain.
C'est surtout le soir et la nuit qu'il se fait entendre.]
Ces paroles singulières dans la bouche d'un être comme le Mangeux-d'Hommes furent prononcées d'un ton si simple que Dubreuil jeta sur son interlocuteur un regard tout surpris.
Mais aussitôt celui-ci changea de gamme:
—On t'appelle?… dit-il impérativement.