Elle atteignit sans obstacle les bords de la rivière de la
Petite-Truite-Saumonée, à neuf milles du portage de la presqu'île.

Là, Jésus réunit ses Apôtres en conseil, et délibéra longuement avec eux. Les hommes étaient en bonne disposition, tous brûlaient d'attaquer les établissements américains, où ils espéraient trouver des trésors inépuisables, et tous comptaient sur une victoire facile.

On n'avait signalé que deux désertions.

Au conseil il fut résolu de partager la troupe en deux portions: l'une quitterait le lac pour s'enfoncer dans les bois sur la droite et cerner les Yankees au pied de la pointe; la seconde, dirigée par le Mangeux-d'Hommes, remonterait le portage jusqu'au petit lac marécageux dont nous avons précédemment parlé, et envelopperait les mineurs de l'autre.

Quoiqu'ils fussent quatre ou cinq cents, Jésus ne doutait pas que, pris entre deux feux, et ignorant la force des assaillants, ils ne se rendissent promptement à sa merci.

Les ténèbres de la nuit devaient encore aider à l'exécution de l'entreprise.

La première bande, ayant un long trajet à faire, partit vers deux heures de l'après-midi; l'autre ne commença ses opérations qu'à neuf heures du soir.

Tous les traîneaux, avec Dubreuil et quelques hommes de garde, furent laissés au bas du portage.

Le temps était noir, tempétueux. Il soufflait du nord une bise glaciale qui chassait devant elle une aveuglante poudrerie de neige.

Après avoir allumé, sous sa tente, un bon feu, Dubreuil s'étendit dans sa robe de bison et essaya de dormir; mais l'émotion et le froid l'empêchèrent longtemps de fermer les yeux. Cependant, vers le milieu de la nuit, il finit par s'assoupir, et n'entendit pas la crépitation d'une fusillade nourrie sur les caps qui dominaient le campement.