Non que la maison fût des plus commodes. Elle n'avait que deux pièces: la première à l'entrée, la salle, et celle où se trouvait le jeune homme; mais l'une et l'autre étaient propres à ravir et possédaient plusieurs des ustensiles en usage dans les villes.
Séparés par une mince cloison de sapin, un grand poêle de fonte à deux étages les chauffait toutes deux.
Des bancs-lits, peints en bleu, servaient de couchettes.
Ces bancs-lits, formés par quatre planches réunies en carré long au moyen de charnières, renferment des couvertures, et quelquefois, par excès d'opulence, une maigre paillasse.
Le soir, on les ouvre pour se coucher, et ils remplissent tant bien que mal leurs fonctions de lit; le matin, on les ferme, et ils redeviennent bancs pour la journée.
Au besoin, ils font l'office de malle, voire même de garde-manger.
Si ce meuble n'est ni élégant ni très-confortable, il a au moins l'avantage d'être fort utile et peu coûteux.
Dans la salle, on voyait encore une table longue, des escabeaux, des instruments de pêche, de chasse, une chaudière de fonte et cinq on six plats de terre grise, avec quatre ou cinq assiettes de faïence historiée, ce qui passait alors pour un véritable luxe au Sault-Sainte-Marie.
Au plancher séchaient des chapelets de ce poisson Blanc [19] du lac Supérieur, le plus exquis que je sache, des quartiers de venaison et des bottes d'herbes aromatiques, entre autres des paquets de gin-seng, cette plante qui, pendant le siècle dernier, passait pour une panacée infaillible, et dont la découverte au Canada eut, à cette époque, tant de retentissement en France.
[Note 19: Les Indiens l'appellent addik-kum-maig.]