Cédant au nombre et à la force, Adrien se laissa tranquillement monter sur le pont de la Mouette.

Là, à la lueur d'un falot, il vit un spectacle digne de pitié.

Cinq ou six cadavres gisaient baignés dans une mare de sang; et tous les gens de l'équipage, les mains et les pieds solidement liés, étaient étendus le long du plat-bord.

L'épouvante était peinte dans leurs traits. Quelques-uns priaient; d'autres proféraient des imprécations; le plus grand nombre paraissaient plongés dans une prostration complète.

Auprès d'eux, les Apôtres déposèrent les corps des passagers, plus surpris, mais aussi effrayés que les matelots.

—Ah! je me doutais bien que ça finirait ainsi, marmottait un de ces
derniers; mais le capitaine est un entêté. Il n'a pas voulu m'écouter.
J'étais pourtant bien sûr que c'était un des Apôtres que j'avais vu au
Sault maintenant, nous allons filer notre dernier noeud!

—Est-ce qu'ils nous tueront? s'enquit un passager.

—Vous pouvez y compter, répondit le matelot. Quand est-ce que les Apôtres ont jamais fait grâce à leurs victimes? nous n'en avons pas pour longtemps. Tenez, voilà que ça commence; regardez.

En ce moment, les Douze Apôtres étalent rassemblés sur le pont de la Mouette, dont on avait levé les ancres, déferlé quelques basses voiles, et qui rangeait la côte de la presqu'île Kiouinâ.

En outre des falots trouvés sur le bâtiment, ils avaient allumé plusieurs torches de résine, dont la flamme vacillante zébrait de teintes rouges, et de volutes, de fumée grisâtre le noir de la nuit. Noir opaque comme le métal, profond comme l'immensité, lourd comme l'inconnu.