L'okema convoqua sur-le-champ un conseil de guerre auquel l'ambassadeur fut invité.

Là, celui-ci, posant à terre sa hache et montrant son collier de coquillages, prononça le discours suivant qui fut écouté avec une religieuse attention.

«—Frères, je suis venu à vous, envoyé par les vaillants Chippiouais, pour vous engager à vous unir à eux, dans une campagne qu'ils vont entreprendre contre les Habits-Rouges.

«Vous savez quelles injures nous ont faites les Habits-Rouges du fort de la rivière Churchill.

«Vous savez qu'ils nous ont volé nos plus belles fourrures,—nos provisions de buffle fumé, et jusqu'à nos femmes!

«Vous savez qu'il n'est point de jour où ils ne nous fassent un outrage sanglant.

«Vous savez qu'ils ont à leurs établissements de la rivière Churchill des vivres en abondance, de la poudre, du plomb, des fusils, des couvertures pour vos squaws, et pour vous de l'eau-de-feu autant que vous voudrez.

«Vous savez que si nous nous emparons de la factorerie, l'abondance régnera dans nos camps pendant plusieurs lunes.

«Vous savez aussi que les Manitous nous ordonnent à tous de venger enfin nos ancêtres des injures qu'ils ont reçues des Visages-Pâles.

«Mais ce que vous ne savez pas, mes frères, c'est que nous avons un moyen infaillible pour pénétrer dans les comptoirs des blancs; c'est qu'en vous appelant à eux, les Chippiouais veulent uniquement vous récompenser, par une portion du butin, de la fidélité que, jusqu'à présent, vous leur avez témoignée.