Laissant aussitôt là les apprêts du festin dont elle s'occupait, chaque Indienne valide sortit en toute hâte de sa loge et s'avança vers le théâtre de l'engagement.
Moins que l'espoir de pillage, l'idée de prêter main-forte à leurs seigneurs et maîtres les poussait [38].
[Note 38: Autant les sauvagesses du Sud sont molles et apathiques,
autant celles du Nord sont hardies, belliqueuses, remplies d'initiative.
On en voit figurer dans la plupart des expéditions entreprises par les
Chippiouais.]
Elles marchaient donc à la bataille, en proférant des cris perçants, quand le traîneau de Mac Carthy fondit comme une flèche au milieu du bataillon qu'elles formaient.
Reconnaissant celles qui les nourrissaient, les chiens s'arrêtèrent.
C'était la ce que Mac Carthy redoutait par-dessus tout. Il fustigea brutalement les pauvres bêtes pour les faire passer outre. Peine perdue, l'attelage ne bougea pas plus que s'il eût été gelé sur place.
La vue de Victorine causa un vif étonnement aux sauvagesses, qui jamais auparavant n'avaient rencontré une blanche et s'imaginaient que toutes les femmes étaient rouges comme elles, ou au plus cuivrées comme les demi-sang.
Elles entourèrent le traîneau, et, timidement d'abord, s'approchèrent de madame Robin. Mais cette timidité dura peu. Bientôt les squaws s'enhardirent. Elles allongèrent les mains sur Victorine, la touchèrent avec des rires et des grimaces grotesques, et elles finirent par lui ôter la fourrure qui recouvrait fia tête, pour mieux examiner la jeune femme.
Celle-ci supporta avec patience leurs importunités, quoiqu'elle en fût cruellement blessée.
Mais Mac Carthy, s'apercevant que, non contentes de regarder, de palper, les squaws paraissaient disposées à dépouiller Victorine de ses vêtements pour se les approprier et s'assurer que la Peau-Blanche avait une conformation semblable à la leur[39], Mac Carthy voulut mettre fin à leur indiscrétion.