—Oui, monsieur.

—Puis vous viendrez me retrouver.

—Dans cinq minutes, monsieur, répondit James en sortant précipitamment de la salle.

Le gouverneur salua Victorine et se retira à son appartement.

Cet appartement, situé à l'autre extrémité du fort, se composait de deux pièces contiguës, lambrissées en pin. Un poêle de fonte était placé sous la cloison qui les séparait. Il les chauffait l'une et l'autre.

La première, servant de salle à manger, contenait une longue table autour de laquelle caquetaient, en épluchant du maïs, une demi-douzaine de telles squaws,—les servantes ou, tranchons le mot, les maîtresses du chef-facteur; car il est rare que les commandants des forts de la Compagnie de la haie d'Hudson ne pratiquent pas,—devant la nature au moins,—la polygamie.

Le maître donnant un si séduisant exemple, il va sans dire que les subordonnés s'empressent de l'imiter. Ah! c'est une morale facile et élastique, que celle que l'on suit sur les territoires de chasse du nord-ouest américain!

Mais passons.

La seconde pièce cumulait les fonctions de chambre à coucher, salon, cabinet de travail et trésorerie. Le lit occupait l'un des côtés, et ce lit, qui pouvait pécher par l'élégance, invitait irrésistiblement au sommeil, tant ses matelas de peaux de daims étaient renflés, nombreux, tant ses couvertures de robe d'ours paraissaient moelleuses. Un secrétaire se dressait vis à vis, surmonté des bustes en plâtre de Mac Kensie, Ross et Franklin. Le troisième côté était pris par une caisse de sûreté énorme (safe); le quatrième par la porte de communication entre les deux chambres et le poêle.

Des cartes de la baie d'Hudson et de l'océan Arctique décoraient les murs, et dans les angles on remarquait encore des armes, des outils, des instruments de pêche et de chasse.