L'orateur reprit:
—Les esprits de nos aïeux sont irrités contre nous; il les faut apaiser. Vous l'avez vu, au soleil couchant, Matcho-Manitou, le méchant génie, a soufflé la colère sur nous. Il est temps de calmer sa fureur. Allons chercher les ennemis de nos frères égorgés! Allons! et dévorons ceux qui les ont tués! Ne demeurez pas davantage oisifs! Livrez-vous à l'impulsion de votre valeur naturelle, et que les Visages-Pâles apprennent que vous êtes des hommes! Oignez vos cheveux, peignez vos faces, remplissez vos carquois; que les forêts retentissent de vos chansons guerrières pour consoler les esprits des morts et leur apprendre qu'ils vont être vengés!
—Eo! eo! Oui! oui! firent les auditeurs avec enthousiasme.
Enchanté de l'effet qu'il avait produit, le Grand-Lièvre continua:
—Hier, je me suis emparé de ce demi-sang. Il nous conduira à l'établissement des blancs; il a promis de nous y introduire; mais que chacun veille sur lui, que chacun se défie de lui; car, vous le voyez, il appartient à une race maudite!
Ces paroles soulevèrent contre le métis une tempête d'imprécations et de menaces.
Après avoir calmé l'effervescence des Chippiouais, Kit-chi-ou-a-pous ajouta:
—Nous allons tenir un grand conseil de guerre; pendant ce temps, vous garderez le captif; mais si l'un de vous le blessait, je lui casserais la tête avec mon tomahawk.
Après ces mots, le Grand-Lièvre descendit de sa tribune, et entra, avec six chefs, dans la cabane du haut de laquelle il avait parlé.
L'intérieur de cette cabane n'avait rien de particulier. Un petit feu brûlait au centre. Les sagamos s'accroupirent sur les talons autour de ce feu.