L'atmosphère intérieure était très surchauffée, et la gutta-percha qui garnissait les bords de l'ouverture était molle. Leurs questions impatientes restèrent sans réponse et aucun bruit ne leur parvint. Elstead était inanimé, replié sur lui-même au fond de sa cabine. Le médecin du bord s'y introduisit et le passa à ceux de l'extérieur. Pendant un certain temps, ils ne purent se rendre compte si Elstead était vivant ou mort. Sa figure, à la lueur jaunâtre des lampes, était toute brillante de transpiration. On le descendit dans sa cabine.
Il n'était pas mort, comme ils purent bientôt s'en apercevoir, mais dans un état d'affaissement nerveux absolu et, de plus, cruellement contusionné. Il lui fallut, pendant plusieurs jours, rester couché et parfaitement tranquille. Une semaine se passa avant qu'il pût raconter ses expériences.
Dès les premiers mots, il déclara qu'il allait recommencer. La sphère avait besoin d'être perfectionnée, dit-il, afin de lui permettre de se débarrasser de la corde, s'il le fallait, et c'était tout. Ç'avait été la plus merveilleuse aventure.
—Vous pensiez, dit-il, que je ne trouverais rien que de la vase. Vous vous moquiez de mes explorations, et j'ai découvert un nouveau monde.
Il raconta son histoire par fragments sans suite, et presque toujours en commençant par la fin, de sorte qu'il est impossible de la répéter dans ses propres termes. Mais ce qui suit en est l'exacte narration.
«Son voyage commença atrocement. Avant que la corde fût entièrement filée, la sphère ne cessa de ballotter. Il eut la sensation d'être une grenouille enfermée dans un ballon sur lequel on s'acharne à coups de pieds. Il ne pouvait voir que la grue et le ciel au-dessus de sa tête, avec un coup d'œil occasionnel sur les gens qui garnissaient le bastingage, et il était incapable de prévoir de quel côté allait se balancer la sphère. Tantôt, il levait le pied pour marcher et il était culbuté en tous sens contre les coussins. Toute autre forme eût été plus confortable, mais aucune n'aurait pu supporter l'immense pression de l'abîme. Soudain le balancement cessa; la sphère se mit en équilibre, et, quand il fut relevé, il aperçut tout autour de lui le bleu verdâtre des flots avec la lumière du jour atténuée filtrant de la surface et une multitude de petites choses flottantes qui passaient vertigineusement contre les vitres, montant, lui semble-t-il, vers la lumière. Puis, à mesure qu'il regardait, l'obscurité s'accrut jusqu'à ce que l'eau fût, au-dessus de sa tête, aussi sombre que le ciel de minuit, bien que d'une teinte plus verte, et, au-dessous de lui, absolument noire. De temps en temps, de petites choses transparentes avec un scintillement lumineux faisaient au long des hublots de légères traînées verdâtres.
«Et la sensation de chute! Elle rappelait le départ soudain d'un ascenseur, avec cette différence qu'elle durait plus longtemps. Il faut réfléchir un instant pour réaliser ce que ce doit être. Ce fut alors et seulement qu'Elstead se repentit d'avoir tenté cette aventure. Il vit sous un aspect entièrement nouveau les chances qui se dressaient contre lui. Il pensa aux énormes poissons à scie qui existent dans les profondeurs moyennes, à ces spécimens terribles qu'on trouve parfois à demi digérés dans l'estomac des grands cétacés ou flot tant morts, décomposés et à demi dévorés.
«Il s'imagina l'un d'entre eux s'attaquant à la sphère et ne voulant plus la lâcher. Et le mouvement d'horlogerie, l'avait-il suffisamment éprouvé? Mais qu'il voulut maintenant descendre ou remonter, c'était absolument la même chose.
DANS L'ABÎME.—Dans le rayon de son foyer électrique apparaissaient des poissons.