«C'était un étrange animal vertébré. Sa tête d'un pourpre sombre, rappelait vaguement celle d'un caméléon, mais le front était si élevé et la boîte crânienne si développée qu'aucun reptile n'en possédait encore de semblables. L'équilibre vertical de sa face lui donnait la plus extraordinaire ressemblance avec celle d'un être humain. Deux yeux larges et saillants se projetaient des orbites à la façon d'un caméléon et sous ses petites narines s'ouvrait une large bouche reptilienne aux lèvres cornées. À l'endroit des oreilles étaient deux énormes ouïes hors desquelles flottaient des filaments nombreux d'un rouge de corail, rappelant les ouïes que possèdent les très jeunes raies et les requins.

«Mais ce que sa face avait d'humain n'était pas le trait le plus extraordinaire qu'offrait cette créature. Elle était bipède; son corps, presque sphérique, était en équilibre sur une sorte de trépied composé de deux jambes comme celles des grenouilles et d'une longue queue épaisse, et ses membres supérieurs, qui caricaturaient grotesquement les bras humains, beaucoup à la manière des grenouilles, portaient un long dard osseux garni de cuivre. La couleur de cette créature était, variée: sa tête, ses mains et ses jambes étaient pourpres, mais sa peau, qui pendait flottante autour de son corps comme des vêtements le feraient, était d'un gris phosphorescent. Elle restait là, aveuglée par la lumière.

DANS L'ABÎME.—Cet habitant inconnu de l'abîme cligna des yeux et les écarquilla.

À la fin, cet habitant inconnu de l'abîme cligna des paupières et les écarquilla; puis, portant sa main libre au-dessus de ses yeux, il ouvrit la bouche et articula à la façon humaine un cri qui pénétra même l'enveloppe d'acier et le capitonnage intérieur de la sphère. Comment un cri peut être poussé sans poumons, Elstead ne se préoccupa pas de l'expliquer. La créature sortit alors du rayonnement, rentra dans le mystère ténébreux qui le bordait de chaque côté, et Elstead la sentit plutôt qu'il ne la vit venir vers lui. Certain que la lumière l'avait attirée, il interrompit le courant. Un moment après, des coups sourds résonnèrent contre l'acier, et la sphère se balança.

«Alors le cri fut répété. Et il sembla à Elstead qu'un écho lointain y répondait. Les coups sourds reprirent et la sphère se balança de nouveau et grinça contre le pivot sur lequel la corde était enroulée. Il demeura dans les ténèbres, cherchant à pénétrer du regard l'éternelle nuit de l'abîme. Et bientôt il vit, très faibles et lointaines, d'autres formes phosphorescentes et quasi-humaines se hâter vers lui.

Sachant à peine ce qu'il faisait, il tâta contre les parois de sa prison instable pour trouver le bouton du projecteur électrique extérieur et pressa accidentellement celui de la petite lampe qui éclairait sa cabine capitonnée. La sphère roula et il fut renversé. Il entendit comme des cris de surprise, et quand il fut relevé, il vit deux yeux attentifs qui regardaient par le hublot inférieur et qui en réfléchissaient la clarté.

«Au même instant, des mains heurtaient vigoureusement l'enveloppe d'acier et il entendit, impression suffisamment horrible dans sa position, des heurts réitérés sur l'enveloppe de métal, qui protégeait le mouvement d'horlogerie. À ce bruit, vraiment, l'angoisse l'étrangla; car, si ces étranges créatures parvenaient à arrêter le mouvement, sa délivrance était impossible. À peine avait-il pensé cela, qu'il sentit la sphère se balancer et la paroi sembla peser lourdement contre ses pieds.

«Il éteignit la petite lampe intérieure et rétablit le courant du réflecteur extérieur. Le fond vaseux et les créatures quasi-humaines avaient disparu, et une couple de poissons se poursuivant soudain passèrent contre le hublot.

«Il pensa aussitôt que ces étranges habitants avaient rompu la corde et qu'il avait échappé. Il remontait de plus en plus vite, puis il s'arrêta avec une secousse qui l'envoya heurter la paroi capitonnée de sa prison. Pendant une demi-minute, peut être, il fut trop étonné pour réfléchir.