Je ne lui répondis rien. Je restais assis le regard fixe et vague, cherchant en vain à lui opposer quelque argument fallacieux et contradictoire.

—Ça n’est pas une guerre, dit l’artilleur. Ça n’a jamais été une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis.

Tout à coup, me revinrent à l’esprit les détails de la nuit que j’avais passée dans l’observatoire.

—Après le dixième coup, ils n’ont plus tiré—du moins jusqu’à l’arrivée du premier cylindre.

Je lui donnai des explications et il se mit à réfléchir.

—Quelque chose de dérangé dans leur canon, dit-il. Mais qu’est-ce que ça peut faire? Ils sauront bien le réparer, et quand bien même il y aurait un retard quelconque, est-ce que ça pourrait changer la fin? C’est comme les hommes avec les fourmis. A un endroit, les fourmis installent leurs cités et leurs galeries; elles y vivent, elles font des guerres et des révolutions, jusqu’au moment où les hommes les trouvent sur leur chemin, et ils en débarrassent le passage. C’est ce qui se produit maintenant—nous ne sommes que des fourmis. Seulement...

—Eh bien?

—Eh bien! nous sommes des fourmis comestibles.

Nous restâmes un instant là, assis, sans rien nous dire.

—Et que vont-ils faire de nous? questionnai-je.