Je redescendis dans la salle à manger, j’y retrouvai, tels que l’artilleur et moi les avions laissés, le gigot et le pain, en fort mauvais état, et une bouteille de bière renversée. Mon foyer était désolé. Je compris combien était fou le faible espoir que j’avais si longtemps caressé. Alors, quelque chose d’étrange se produisit.
—C’est inutile, disait une voix; la maison est vide—depuis plus de dix jours sans doute. Ne restez pas là à vous torturer. Vous seule avez échappé.
J’étais frappé de stupeur. Avais-je pensé tout haut? Je me retournai. Derrière moi, la porte-fenêtre était restée ouverte et, m’approchant, je regardai au dehors.
Là, stupéfaits et effrayés, autant que je l’étais moi-même, je vis mon cousin et ma femme—ma femme livide et les yeux sans larmes. Elle poussa un cri étouffé.
—Je suis venue, dit-elle... Je savais... Je savais bien...
Elle porta la main à sa gorge et chancela. Je fis un pas en avant et la reçus dans mes bras.
... je pus voir l’intérieur de la redoute; c’était un vaste espace où gisaient, en désordre, des mécanismes gigantesques, des monceaux énormes de matériaux et des abris d’une étrange sorte. Puis, épars çà et là, quelques-uns dans leurs Machines de Guerre renversées ou dans les Machines à Mains, rigides maintenant, et une douzaine d’autres silencieux, roides et alignés, étaient les Marsiens—«morts»...