Une grosse masse grisâtre et ronde, de la grosseur à peu près d’un ours, s’élevait lentement et péniblement hors du cylindre. Au moment où elle parut en pleine lumière, elle eût des reflets de cuir mouillé. Deux grands yeux sombres me regardaient fixement.

(CHAPITRE IV)

Après le coup d’œil que j’avais pu jeter sur les Marsiens émergeant du cylindre dans lequel ils étaient venus de leur planète sur la terre, une sorte de fascination paralysa mes actes. Je demeurai là, enfoncé jusqu’aux genoux dans la bruyère, les yeux fixés sur le monticule qui les cachait. En moi la crainte et la curiosité se livraient bataille.

Je n’osais pas retourner directement vers le trou, mais j’avais l’ardent désir de voir ce qui s’y passait. Je m’avançai donc, décrivant une grande courbe, cherchant les points avantageux, observant continuellement les tas de sable qui dérobaient aux regards ces visiteurs inattendus de notre planète. Un instant un fouet de minces lanières noires passa rapidement devant le soleil couchant et disparut aussitôt; ensuite une légère tige éleva l’une après l’autre, ses articulations, au sommet desquelles un disque circulaire se mit à tourner avec un mouvement irrégulier. Que se passait-il donc dans ce trou?

La plupart des spectateurs avaient fini par se rassembler en deux groupes—l’un, une petite troupe du côté de Woking, l’autre, une bande de gens dans la direction de Chobham; évidemment le même conflit mental les agitait. Autour de moi quelques personnes se trouvaient disséminées. Je passai près d’un de mes voisins dont je ne connais pas le nom—et il m’arrêta. Mais ce n’était guère le moment d’engager une conversation bien nette.