Je descendis, débouclai la porte, le fis entrer, la bouclai de nouveau. Je ne pouvais voir sa figure. Il était nu-tête et sa tunique était déboutonnée.
—Mon Dieu! mon Dieu! s’exclamait-il, comme je lui montrais le chemin.
—Qu’est-il arrivé? lui demandai-je.
—Tout et le reste!
Dans l’obscurité, je le vis qui faisait un geste de désespoir.
—Ils nous ont balayés d’un seul coup—tout simplement balayés.—Et il répéta ces mots à plusieurs reprises.
Il me suivit, presque machinalement, dans la salle à manger.
—Prenez ceci, dis-je en lui versant une forte dose de whisky.
Il la but. Puis brusquement il s’assit devant la table, pris sa tête dans ses mains et se mit à pleurer et à sangloter comme un enfant, secoué d’une véritable crise de désolation, tandis que je restais devant lui, intéressé, dans un singulier oubli de mon récent accès de désespoir.
Il fut longtemps à retrouver un calme suffisant pour pouvoir répondre à mes questions et il ne le fit alors que d’une façon confuse et fragmentaire. Il conduisait une pièce d’artillerie qui n’avait pris part au combat qu’à sept heures. A ce moment, la canonnade battait son plein sur la lande et l’on disait qu’une première troupe de Marsiens se dirigeait lentement, à l’abri d’un bouclier de métal, vers le second cylindre.