—C’est bien, fit le lieutenant. Mon devoir est d’aller m’en assurer. Écoutez, dit-il à l’artilleur, nous sommes détachés ici pour avertir les gens de quitter leurs maisons. Vous ferez bien d’aller raconter la chose vous-même au général de brigade et lui dire tout ce que vous savez. Il est à Weybridge. Vous savez le chemin?

—Je le connais, répondis-je.

Et il tourna son cheval du côté d’où nous venions.

—Vous dites à un demi-mille? demanda-t-il.

—Au plus, répondis-je, et j’indiquai les cimes des arbres vers le sud. Il me remercia et se mit en route. Nous ne le revîmes plus.

Plus loin, un groupe de trois femmes et de deux enfants étaient en train de déménager une maison de laboureur. Ils surchargeaient une charrette à bras de ballots malpropres et d’un mobilier misérable. Ils étaient bien trop affairés pour nous adresser la parole, et nous passâmes.

Près de la gare de Byfleet, en sortant du bois, nous trouvâmes la contrée calme et paisible sous le soleil matinal. Nous étions bien au delà de la portée du Rayon Ardent et, n’eût été le silence désert de quelques-unes des maisons, le mouvement et l’agitation de départs précipités dans d’autres, la troupe de soldats campée sur le pont du chemin de fer et regardant au long de la ligne vers Woking, ce dimanche eût semblé pareil à tous les autres dimanches.

Plusieurs chariots et voitures de fermes s’avançaient, avec d’incessants craquements, sur la route d’Addlestone et tout à coup par la barrière d’un champ, nous aperçûmes, au milieu d’une prairie plate, six canons énormes, strictement disposés à intervalles égaux et pointés sur Woking. Les caissons étaient à la distance réglementaire et les canonniers à leur poste auprès des pièces. On eût dit qu’ils étaient prêts pour une inspection.

—Voilà qui est parfait, dis-je. Ils seront bien reçus par ici, en tous cas.