Garde d'un souvenir le contour incertain.

Rarement, la plante nous est offerte complète, fleur, tige et racine, souvenir encore suspendu à la pensée.


Des strophes d'une beauté subtile expriment de l'inexprimable, parviennent à formuler, poétiquement et sans effort apparent, un vœu singulièrement idéaliste.

Mme Daudet voudrait que les chansons, et les parfums, et les clartés, flottent dans l'air sans causes visibles; elle voudrait entendre le chant en ignorant l'oiseau et ne point savoir d'où émane l'odeur grisante; elle voudrait

Que toute leur magie immortelle fût libre;

Que la chaleur nous vînt d'astres inaperçus.

Les plus beaux vers de Mme Daudet sont de ces gazouillis et de ces lueurs dont l'origine nous reste inconnue. C'est la fleur de poésie, sans la terre de réalité sur laquelle elle poussa. Ce sont des fils de la Vierge qui flotteraient, vagues, parfumés, lumineusement gris. Laissons le poète définir lui-même ce délice insaisissable. Ce n'est plus un chant, c'est un murmure,

Un murmure flottant aux souvenirs lointains

Parmi des reflets blancs de claire mousseline,