Paris, 18 avril 1861.

Cher Louis,

Donne-moi de tes nouvelles, si tu peux m'écrire une lettre sans les coups de couteau que contenait ta dernière. Je suis plus malade aujourd'hui qu'à l'ordinaire; j'ai un feuilleton à faire que je n'ai pas la force de commencer. On m'a fait au Conservatoire une ovation rare après l'exécution des scènes de Faust. M. de Rémusat, qui y était, a dû écrire cela à Morel ou à Lecourt. On continue tout doucement les répétitions du Freyschütz à l'Opéra. J'ai dîné chez l'empereur il y a huit ou dix jours; j'ai pu à peine échanger trois mots avec lui et je me suis ennuyé splendidement.

CVIII.

AU MÊME.

Vendredi, 4 mai [1861].

Cher ami,

Depuis ta dernière lettre, j'ai eu de tes nouvelles par Lecourt, que j'ai chargé aussi de te donner des miennes. Hier soir, il y a eu une audition de quelques scènes des Troyens chez M. E. Bertin; grandissime succès, étonnement de tout le monde de l'opposition que je trouve à l'Opéra.

Enthousiasme du secrétaire intime du ministre, lequel ministre d'État m'a invité à dîner pour lundi prochain; et ce sera comme au dîner de l'empereur, on me parlera de la pluie et du beau temps. Et il faut souffrir cette outrageante indifférence! et je suis sûr que j'ai fait une grande œuvre, plus grande et d'un plus noble aspect que ce qu'on a fait jusqu'à présent!... Et il faut mourir à petit bruit, écrasé sous les pieds de ces lourds animaux!

Ah! tu te décourages! et que ferai-je donc aussi?...