Mon cher Hiller,

Vous serait-il possible, pour que je ne me présente pas au public de Cologne seulement avec de la musique instrumentale, de placer dans le programme du 26 février, un duo nocturne pour deux femmes (un soprano et un contralto). Ce petit morceau de Béatrice et Bénédict a fait partout un grand effet; il n'est pas difficile; il faudrait que les cantatrices fussent des oies, pour ne pas chanter cela convenablement. Il est vrai que nous rencontrons souvent de pareils volatiles. Mais voyez s'il y aurait moyen de trouver dans votre cercle musical les deux chanteuses capables de cet effort. Je vous enverrais alors les exemplaires du duo, avec paroles allemandes, et je porterais ensuite moi-même les parties d'orchestre. Si vous trouvez la chose imprudente ou seulement difficile, qu'il n'en soit pas question. J'attends votre réponse.

Dites-moi aussi à quelle époque précise je devrai me trouver à Cologne, et combien vous me donnerez de répétitions pour la Symphonie. Le duo pourra aller avec une seule, si les chanteuses savent bien leur affaire.

J'irai loger à l'hôtel Royal, où je suis déjà descendu plusieurs fois. Je serai ainsi bien plus libre de rester couché tant qu'il me plaira; car je suis un des hommes les plus couchés qui existent. Il est vrai que j'existe bien peu. Malgré les joies musicales du séjour, ce voyage à Vienne et les nombreuses répétitions que j'ai dû y faire m'ont exténué et à moitié tué. Les médecins homœopathes ou allopathes, pas plus que ceux qui soignent leurs patients par l'une ou l'autre méthode (à la volonté des personnes), les docteurs à double détente n'y peuvent rien. Je tâchera pourtant d'être un peu mieux portant pour aller vous voir; sinon, je serai bien insupportable.

CXLV.

AU MÊME.

Paris, 8 février 1867.

Mon cher Hiller,

Vous êtes le plus excellent camarade que l'on puisse trouver. Je ferai ce que vous me dites: je vais tâcher d'acquérir quelques forces, et, le 23 de ce mois, je partirai pour Cologne, où je serai à l'hôtel Royal le soir. Mais ne me retenez pas DES chambres, comme vous dites, UNE petite chambre me suffira. Si j'étais incapable de me mettre en route, je vous enverrais les parties d'orchestre du duo, et vous en seriez quitte pour conduire le tout. Vous me parlez comme les médecins: «C'est une névralgie». Ainsi, madame Sand ayant fait remarquer à son jardinier qu'un mur de son jardin s'était écroulé: «Oh! ce n'est rien, madame, lui répondit-il, c'est la gelée qui en est cause.—Oui, mais il faut le faire rebâtir.—Oh! ce n'est rien, c'est la gelée.—Je ne dis pas non, mais il est à terre.—Ne vous tourmentez pas, madame, c'est la gelée.»

Tâchez que votre jeune soprano ne me fasse pas le stupide changement sur