Il est question d'une gigantesque entreprise musicale dont on me confierait la direction à Londres, et où figurerait le Te Deum. Si les fonds se font, je vous écrirai pour que vous veniez m'aider, soit aux études de Paris, soit à celles de Londres, car il faudra bien du monde et bien de l'intelligence pour mener à bien ce projet.

XLIX.

A JOSEPH D'ORTIGUE.

Londres, 21 juin 1851. 27, Queen Anne street, Cavendish square.

Mon cher d'Ortigue,

J'ai déjà fait un rapport en faveur de M. Ducroquet; ainsi il a tout lieu d'être content de moi. Je n'en puis dire autant du jeune homme qui touche son orgue, car je maudis ce malheureux. Il nous régale chaque jour de deux ou trois douzaines de polkas, sans compter les cavatines d'opéras bouffons; il prend sans doute les Anglais pour des imbéciles!...

Je réponds à tes paragraphes:

1º Je ne me rappelle pas la date de l'article où il est question de la chapelle de Saint-Pétersbourg; il a paru il y a quatre mois au moins. Va de ma part au bureau du journal; on te le trouvera.

2º Ce n'est, je crois, que dans mon voyage d'Italie, à l'article du concours de l'Institut, que j'ai parlé de la marche de Cherubini. J'ignorais que tu eusses un livre sur le chantier. En tout cas, je serai à Paris bien avant le 31 juillet, et nous en causerons.

Tâche de lire mon second article dans les Débats; s'il n'a pas paru à Paris aujourd'hui, il faut le guetter chaque jour. J'y raconte l'impression sans égale que j'ai reçue dernièrement dans la cathédrale de Saint-Paul, en entendant le chœur des six mille cinq cents enfants des écoles de charité, qui s'y réunissent une fois l'an. C'est, sans comparaison, la cérémonie la plus imposante, la plus babylonienne à laquelle il m'ait, jusqu'à présent, été donné d'assister. Je me sens encore ému en t'en parlant. Voilà la réalisation d'une partie de mes rêves et la preuve que la puissance des masses musicales est encore absolument inconnue. Sur le continent, du moins, on ne s'en doute pas plus que les Chinois ne se doutent de notre musique.