Louis est ici; il se remet tout doucement, il se loue avec effusion de vos bontés pour lui et des amis que vous lui avez procurés à Toulon. Depuis mon retour à Londres, je n'ai rien vu, rien entendu; je ne puis donc rien vous raconter. Je ne connais pas encore les Vêpres de Verdi. Meyerbeer doit être content de son Étoile à Covent-Garden; on lui a jeté des bouquets comme à une prima donna. Et Gouin n'y était pas! Bennet et son fils (Ritter) m'avaient suivi à Londres. Après avoir entendu l'adagio de Roméo et Juliette par notre grand orchestre d'Exeter Hall, Bennet, le père, commence à croire que le piano ne peut pas approcher de cette puissance expressive, chose qu'il ne croyait pas auparavant...

Son fils est un admirable et charmant enfant, qui sera bientôt, je le crois, un grand artiste. Il vous a remplacé dans la Fée Mab, en jouant les petites cymbales.

LXXVIII.

AU MÊME.

Paris, 9 janvier 1856.

Merci de toutes les choses amicales que vous me dites et des détails que vous me donnez sur le mouvement musical du centre où vous vivez. Il n'y a rien ici de nouveau; l'Opéra ne varie pas plus son répertoire qu'il ne le variait autrefois.

Mais je le crois (l'Opéra) dans de graves embarras. Crosnier ne veut ni ne peut rien; le directeur musical c'est Girard, qui fait tout ce qu'il veut et ne laisse rien faire que ce qu'il veut; il a pour remplir cette dictature 18,000 francs d'appointements.

On vient de décorer Dietsch. Que vous dirai-je? On donne un opéra nouveau tous les huit jours. Le Théâtre-Lyrique a été sur le point de fermer avant-hier; il ne payait pas du tout. Il repaye un peu maintenant et compte, pour se sauver, sur un opéra de Clapisson. L'Opéra-Italien est en perte de 200,000 francs. L'Opéra-Comique seul, sans faire de brillantes affaires, se soutient passablement.

Tout cela n'est pas gai; on ne voit que tripotages, platitudes, niaiseries, gredineries, gredins, niais, plats et tripoteurs.

Je me tiens toujours de plus en plus à l'écart de ce monde empoisonné d'empoisonneurs.