C'est le jour où, pour la première fois, vous avez abordé l'étude des merveilles de la grande musique dramatique, où vous avez entrevu les sublimités de Gluck!

Quant à moi, je n'oublierai jamais que votre instinct d'artiste a, sans hésiter, reconnu et adoré avec transport ce génie nouveau pour vous. Oui, oui, soyez-en certain, quoi qu'en disent les gens à demi-passion, à demi-science, qui n'ont que la moitié d'un cœur et un seul lobe au cerveau, il y a deux grands dieux supérieurs dans notre art: Beethoven et Gluck. L'un règne sur l'infini de la pensée, l'autre sur l'infini de la passion; et, quoique le premier soit fort au-dessus du second comme musicien, il y a tant de l'un dans l'autre néanmoins, que ces deux Jupiters ne font qu'un seul dieu en qui doivent s'abymer (sic) notre admiration et nos respects.

LXXX.

A M. ERNEST LEGOUVÉ[92].

Paris, 9 avril 1856.

Mille joies triomphantes, mon cher Legouvé! c'est superbe! C'est le plus beau succès, le plus pur, le plus légitime, le plus providentiel auquel j'aie assisté de ma vie. J'ai le cœur gonflé, à en éclater.... C'est si beau, un chef-d'œuvre complet! un chef-d'œuvre interprété par une femme de génie, par une muse, et un chef-d'œuvre échappé, qui plus est, aux dangers de la traduction. Vous avez tous les bonheurs à la fois, un traducteur incomparable, une actrice sublime, un public intelligent et sensible, et une offense vengée....

Je vous chante en mon âme un hymne de gloire dont les fanfares retentiraient jusqu'en Grèce si on l'exécutait.

Nous avons pleuré et frémi, ma femme et moi. Je vous embrasse; il y avait longtemps que je n'avais ressenti une telle joie!

LXXXI.

A M. AUGUSTE MOREL