—Ah! c'est que j' l' connais ben, moi, continua-t-elle. L'autre jou, y passait par ici, comme vous, pour aller chez mam'zelle Dorothée; des gens du val d'Ajol vinrent l'attendre là-bas au coin d' ce bois. Y avait un grand général qui marchait avec un autre mssieu loin devant les autres de la troupe. Les paysans lui dirent comm' ça:
—Dites donc, mssieu, est-ce t'y vous qui êtes l'Empereur?
—Non, le voilà qui vient dans c'te prairie.
Tout d' suite les gens d'Ajol vont vers la prairie et puis disent à l'autre:
—C'est donc vous, mssieu, qui êtes l'Empereur?
—Oui, mes enfants, que l'autre leux répond.
—Ah! ben, alors, tenez, bénissez-nous.
Et les v'là qui se mettent à genoux devant l'Empereur. Y voulait les relever, mais y n' pouvait pas. Y se tortillait la moustache, et l'on voyait ben qu'il avait la larme à l'œil, tout de même, le povre homme.
—Vous avez vu ça?
—Pardi si j' l'on vu! je l'on vu comme et j' vous vois. Et plus loin, là haut vers c'te ferme, y n' savions plus l' chemin, et y sont allés l' demander au grand Nicolas qui vannait de sarrazin devant sa porte. Micolas leux a dit oûs qu'y fallait passer, et l'Empereur lui a mis une pièce dans la main. Micolas a cru comm' ça que c'était une pièce de vingt sous, mais quand y-z-ont tous été loin, il a ouvert sa main, il a regardé, et en voyant qu'il avait un vrai napoléon d'or en or, il a fait un cri, et puis y s'est mis à jurer, oh! à jurer que ça faisait peur. De joie, ben entendu, y jurait de joie; mais c't-égal, ce n'est pas bien tout d' même de jurer comm' ça.