| Sapho, je donnerai le reste de ma vie |
| Pour te revoir encore une dernière fois: |
et l'exclamation désespérée de la fin:
Non, je n'attends plus rien des hommes, ni des dieux!
L'orchestration de l'allegro de cet air me paraît trop chargée, ou tout au moins écrite de façon à couvrir trop constamment la voix. Mais à partir de l'imprécation de Phaon:
| O Sapho! sois trois fois maudite! |
| Je te voue aux dieux infernaux! |
à cette navrante réponse de l'abandonnée à son injuste amant:
Sois béni par une mourante!
commence une orchestration monumentale, parfaite, admirable. Chacun des instruments dit ce qu'il doit dire, et tout ce qu'il doit et rien que ce qu'il doit dire. L'art est si complet qu'il disparaît. On ne songe plus qu'à la sublimité de l'expression générale sans tenir compte des moyens employés par l'auteur. C'est un cœur qui se brise et dont on compte les derniers battements, c'est l'amour indigné qui exhale sa suprême plainte, c'est le râle de la mer attendant sa proie, ce sont tous les bruits mystérieux des plages désertes, toutes les harmonies cruelles d'une nature souriante, insensible aux douleurs de l'être humain. C'est beau, mais c'est très beau, miraculeusement beau!
FAUST
26 mars 1859.