L'OPÉRA DE PARIS.—LES THÉATRES LYRIQUES
DE LONDRES.
ÉTUDE MORALE.
On joue un opéra-comique français, etc.; suivi d'un ballet italien, également, etc.
Les musiciens sont encore préoccupés du cours d'histoire romaine que nous avons fait ensemble les soirs précédents. Ils se livrent sur ce sujet aux plus singuliers commentaires. Mais Dimski, plus avide que ses confrères de connaître ce qui se rattache aux habitudes musicales de Paris, m'interpelle de nouveau: «Maintenant, dit-il, que vous nous avez dépeint les mœurs des Romains, dites-nous donc quelque chose du principal théâtre de leurs opérations. Vous devez avoir là-dessus de curieuses révélations à faire.—Révélations? pour vous peut-être, ce mot convient, mais pour vous seulement; car, je vous l'assure, les mystères de l'Opéra de Paris sont depuis longtemps révélés.—Nous ne sommes pas au courant ici de ce que vous prétendez être connu de tout le monde. Ainsi parlez.»
Les autres musiciens: «Parlez! racontez-nous l'Opéra.
Si tantus amor casus cognoscere nostros.....
—Que dit-il? demande Bacon, pendant que le cercle se forme autour de moi.—Il dit, répond Corsino, que, si nous avons tant de désir de connaître les malheurs des Parisiens..., il faut nous taire et prier notre joueur de grosse caisse de ne pas frapper si fort.—C'est encore dans Virgile?—Précisément.—Pourquoi parle-t-il ainsi grec de temps en temps?—Parce que cela donne un air savant qui impose. C'est un petit ridicule que nous devons lui passer.—Il commence, chut!
—Connaissez-vous, messieurs, une fable de notre la Fontaine commençant par ces deux vers:
Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où
Le héron au long bec emmanché d'un long cou.
—Oui, oui! qui ne connaît pas cela? Vous nous prenez pour des Botocudos!—Eh bien, l'Opéra, ce grand théâtre avec son grand orchestre, ses grands chœurs, la grande subvention que lui paye le gouvernement, son nombreux personnel, ses immenses décors, imite en plus d'un point le piteux oiseau de la fable. Tantôt on le voit immobile, dormant sur une patte; tantôt il chemine d'un air agité et va on ne sait où, cherchant pâture dans les plus minces ruisseaux, ne faisant point fi du goujon qu'il dédaigne d'ordinaire et dont le nom seul irrite sa gastronomique fierté.