Il faut absolument que je vous voie demain après le concert.

LXXIX

2 janvier 1855.

Mon cher, très cher ami,

Votre poème est admirable, superbe, magnificent (comme disent les Anglais); il m'a d'autant plus violemment ému, que j'ai mon fils en Crimée... Pauvre garçon! il a assisté à la prise de Bomarsund et n'a fait que passer ici pour entrer dans la flotte de la mer Noire... J'ai eu peur d'abord d'une satire à la manière des Châtiments d'Hugo!... Hugo fou furieux de n'être pas empereur! Nil aliud!

Mais vous m'avez bien vite rassuré; moi, je suis tout à fait impérialiste; je n'oublierai jamais que notre empereur nous a délivrés de la sale et stupide république! Tous les hommes civilisés doivent s'en souvenir. Il a le malheur d'être un barbare en fait d'art; mais quoi! c'est un barbare sauveur,—et Néron était un artiste.—Il y a des esprits de toutes les couleurs.

Je suis chaque jour sur le point de partir pour Bruxelles. Je m'occupe à grand'peine des préparatifs du concert du Théâtre-Italien pour la fin du mois.

Je suis engagé pour trois concerts à Londres pour y faire entendre Roméo et Harold. Je ne sais où donner de la tête. Mais je veux vous voir; donnez-moi un rendez-vous absolument.

LXXX

Paris, 3 novembre 1858.