Non, je n'ai fait aucune démarche en faveur des Troyens. Pourtant on en parle de plus en plus. Véron, l'ancien directeur, à qui j'ai lu le livret, s'est épris de passion pour cet ouvrage, et s'en va prônant partout ce qu'il veut bien appeler «le poème». Je laisse dire, je laisse faire, et demeure immobile comme la montagne, en attendant que Mahomet marche à sa rencontre.

Il y a quinze jours, j'étais aux Tuileries; l'empereur m'a vu et m'a serré la main en passant. Il est très bien disposé; mais il a tant d'autres bataillons à commander!... les Grecs, les Troyens, les Carthaginois, les Numides, cela se conçoit, ne doivent guère l'occuper.

En outre, mon sang-froid s'explique mieux par le découragement où je suis de trouver des interprètes capables. Les chanteurs-acteurs de l'Opéra sont tellement loin de posséder les qualités nécessaires pour représenter certains rôles! Il n'y a pas une Priameïa virgo, une Cassandre. La Didon serait bien insuffisante, et j'aimerais mieux recevoir dans la poitrine dix coups d'un ignoble couteau de cuisine que d'entendre massacrer le dernier monologue de la reine de Carthage.

Je vais mourir.....
Dans ma douleur immense submergée...
Et mourir non vengée? etc.

Shakspeare l'a dit: «Rien n'est plus affreux que de voir déchirer de la passion comme des lambeaux de vieille étoffe...»

Et la passion surabonde dans la partition des Troyens; les morts eux-mêmes ont un accent triste qui semble appartenir encore un peu à la vie; le jeune matelot phrygien qui, bercé au haut du mât d'un navire, dans le port de Carthage, pleure le

Vallon sonore
Où, dès l'aurore,
Il s'en allait chantant...

est en proie à la nostalgie la plus prononcée; il regrette avec passion les grands bois du mont Didyme... Il aime.

Autre réponse:

Je vais à Bordeaux passer la première semaine de juin pour un concert de bienfaisance où je suis invité à diriger deux scènes de Roméo et Juliette, la Fuite en Égypte et l'ouverture du Carnaval Romain.