Je suis si malade aujourd'hui, que la force me manque pour vous en écrire davantage. Tout cela m'irrite comme doivent irriter les choses absurdes.

Je pars lundi prochain.

XC

8 février 1862.

Mon cher Humbert,

Je vous réponds à la hâte pour vous remercier d'abord de votre amical souvenir et pour vous donner, en quelques lignes, les nouvelles que vous me demandez.

Comment! je ne vous ai pas écrit depuis mon retour de Bade? voilà qui me confond. Oui, oui, le concert a été superbe, et j'ai entendu là notre symphonie d'Harold exécutée pour la première fois comme je veux qu'elle le soit.—Les fragments du Requiem ont produit un effet terrible; mais nous avions fait huit répétitions.

Oui, j'ai reçu votre petit livre Jacques Valperga, et je l'ai lu avec un vif intérêt, malgré le peu de sympathie que m'inspirent ces personnages si tristement historiques.

Je suis un peu moins mal portant que de coutume, grâce à un régime sévère que j'ai adopté.

Le ministre d'État est en très bonnes dispositions pour moi; il m'a écrit une lettre de remerciements à propos de la mise en scène d'Alceste, dont j'ai dirigé à l'Opéra les répétitions. Enfin il a donné l'ordre à Royer de mettre à l'étude les Troyens après l'opéra du Belge Gevaert, qui sera joué au mois de septembre prochain. Je pourrai donc voir le mien représenté en mars 1863. En attendant, je fais répéter chez moi, toutes les semaines, l'opéra en deux actes que je viens de terminer pour le nouveau théâtre de Bade. Béatrice et Bénédict paraîtra à Bade le 6 août prochain. J'ai fait aussi la pièce, comme pour les Troyens, et j'éprouve un tourment que je ne connaissais pas, celui d'entendre dire le dialogue au rebours du bon sens; mais, à force de seriner mes acteurs, je crois que je viendrai à bout de les faire parler comme des hommes.