Mon cher Ferrand,
Je ne puis donner mon second concert, plusieurs raisons s'y opposent. Je partirai de Paris au commencement de janvier. Mon mariage est arrêté pour l'époque de Pâques 1832, à la condition que je ne perdrai pas ma pension et que j'irai en Italie pendant un an. C'est ma musique qui a arraché le consentement de la mère de Camille! Oh! ma chère Symphonie, c'est donc à elle que je la devrai.
Je serai à la Côte vers le 15 janvier. Il faut absolument vous voir; arrangez tout pour que nous ne nous manquions pas. Vous viendrez à la Côte; vous m'accompagnerez au mont Cenis, ou du moins jusqu'à Grenoble; n'est-ce pas, n'est-ce pas?...
Spontini m'a envoyé hier un superbe cadeau; c'est sa partition d'Olympie du prix de cent vingt francs, et il a écrit de sa main sur le titre: «Mon cher Berlioz, en parcourant cette partition, souvenez-vous quelquefois de votre affectionné Spontini.»
Oh! je suis dans une ivresse! Camille, depuis qu'elle a entendu mon Sabbat, ne m'appelle plus que «son cher Lucifer, son beau Satan».
Adieu, mon cher; écrivez-moi tout de suite une longue lettre, je vous en conjure.
Votre ami dévoué à tout jamais.
XXXIII
La Côte-Saint-André, 6 janvier 1831.
Mon cher ami,