Je repars dans cinq ou six jours pour Rome; ma pension n'est pas perdue. Je ne vous prie plus de me répondre, puisque c'est inutile; mais, si vous voulez m'écrire, adressez votre lettre comme la dernière: Académie de France, villa Medici, Roma. Dites-moi aussi si vous avez eu des nouvelles de votre libraire Denain, auquel je n'ai encore donné que cent francs sur ce que vous lui deviez. Combien vous dois-je encore? Écrivez-le-moi, je vous prie.

Adieu; malgré votre indolence, je n'en suis pas moins votre sincère, dévoué et fidèle ami.

P.-S.—Mon répertoire vient d'être augmenté d'une nouvelle ouverture. J'ai achevé hier celle du Roi Lear de Shakspeare.

XXXVIII

Rome, 3 juillet 1831.

Enfin, j'ai donc de vos nouvelles!... Je pensais bien qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire! La Suisse est à votre porte, et ses glaciers sont bien séduisants; je conçois à merveille que vous alliez souvent les admirer. J'ai fait de Nice à Rome le voyage le plus pittoresque, pendant deux jours et demi, sur la route de la Corniche, taillée contre le roc, à six cents pieds au-dessus de la mer, qui se brise immédiatement au-dessous, mais dont on n'entend plus les rugissements, à cause de l'immense élévation. Rien n'est beau et effrayant comme cette vue. C'est avec un bien-être inexprimable que je me suis retrouvé à Florence, où j'avais passé de si tristes moments. On m'a mis dans la même chambre; j'y ai retrouvé ma malle, mes effets, mes partitions, que je ne croyais plus revoir. De Florence à Rome, je suis venu avec de bons moines qui parlaient fort bien français et étaient d'une extrême politesse. A San-Lorenzo, j'ai quitté la voiture deux heures avant son départ, laissant mon habit et tout ce qui pouvait tenter les brigands, dont c'est le pays. J'ai ainsi cheminé toute la journée le long du beau lac de Bolzena et dans les montagnes de Viterbo, en composant un ouvrage que je viens d'écrire. C'est un mélologue faisant suite et fin à la Symphonie fantastique. J'ai fait pour la première fois les paroles et la musique. Combien je regrette de ne pouvoir pas vous montrer cela! Il y a six monologues et six morceaux de MUSIQUE (dont la présence est motivée).

1º D'abord, une ballade avec piano;

Une méditation en chœur et orchestre;

Une scène de la vie de brigand pour chœur, voix seule et orchestre;

Le Chant de bonheur, pour une voix, orchestre au commencement et à la fin, et, au milieu, la main droite d'une harpe accompagnant le chant;