Mes deux cantatrices ont eu vingt fois plus de succès que Duprez, ce dont ce dernier a été offusqué au point d'abandonner le rôle à la troisième soirée. C'est Alexis Dupont qui va le remplacer, mais il lui faudra encore à peu près dix jours pour bien apprendre toute cette musique, ce qui cause dans mes représentations une interruption assez désagréable. Après quoi, le répertoire de l'Opéra est combiné de telle sorte, que je serai joué beaucoup plus souvent avec Dupont que je ne l'eusse été avec Duprez.
C'est là l'important; il ne s'agit que d'être entendu très souvent. Ma partition se défend d'elle-même. Vous l'entendrez, je pense, au mois de décembre, et vous jugerez si j'ai raison de vous dire aujourd'hui que c'est bien. L'ouverture ne fait pas honte, je crois, à celles des Francs Juges et du Roi Lear. Elle a toujours été chaudement applaudie. C'est la question du Freyschütz à l'Odéon qui se représente; je ne puis vous donner de comparaison plus exacte, bien qu'elle soit ambitieuse musicalement. C'est pourtant moins excentrique et plus large que Weber.
J'ai fait une ouverture de Rob-Roy qui m'a paru mauvaise après l'exécution; je l'ai brûlée. J'ai fait une messe solennelle dont l'ensemble était, selon moi, également mauvais; je l'ai brûlée aussi. Il y avait trois ou quatre morceaux dans notre opéra des Francs Juges que j'ai détruits pour le même motif. Mais, quand je vous dirai: «Cette partition est douée de toutes les qualités qui donnent la vie aux œuvres d'art,» vous pouvez me croire, et je suis sûr que vous me croyez. La partition de Benvenuto est dans ce cas.
Adieu; mille amitiés bien vives.
Mes hommages respectueux à votre femme.
LXIX
Septembre 1838.
Ah! ah! voilà une joie! vous arrivez enfin!
Je vous envoie le seul billet qui me reste.
Venez ce soir après l'opéra à la loge des troisièmes nº 35; c'est celle de ma femme; j'irai vous y retrouver: le plus tôt possible avant ou pendant le ballet.