—Oui, monsieur, je donne un concert, mais je n'y joue pas du violon.
—Qu'y faites-vous donc?
—J'y fais jouer du violon, je dirige l'orchestre; enfin allez-y, vous le verrez.»
Mon homme garda sa colère jusqu'au lendemain, et ce ne fut qu'en sortant du concert et à force de réflexions qu'il put se rendre compte de la manière dont un musicien pouvait se produire en public sans figurer lui-même comme exécutant.
À Moscou, une méprise du même genre fut sur le point d'avoir pour moi de graves conséquences. La salle de l'assemblée de la noblesse pouvait seule convenir pour donner mon concert. Voulant en obtenir la disposition, je me fais conduire chez le grand maréchal du palais de l'assemblée, respectable vieillard de quatre-vingts ans, et lui expose l'objet de ma visite.
«—De quel instrument jouez-vous? me dit-il tout d'abord.
—Je ne joue d'aucun instrument.
—En ce cas, comment vous y prenez-vous pour donner un concert?
—Je fais exécuter mes compositions et je dirige l'orchestre.
—Ah! ah! voilà qui est original; je n'ai jamais entendu parler de concerts semblables. Je vous prêterai volontiers notre grande salle; mais, comme vous le savez sans doute, tout artiste à qui nous permettons d'en disposer doit, en retour, s'y faire entendre, après son concert, à l'une des réunions privées de la noblesse.