—Ne me refusez pas.
—Ah! monsieur, quelle musique!
—Oui, c'est très joli.
Pendant cette curieuse conversation, l'opéra était parvenu après la scène de réconciliation, au beau trio:
«O doux moments!»
la douceur pénétrante de cette simple mélodie me saisit à mon tour; je commençai à pleurer abondamment, la tête cachée dans mes deux mains comme un homme abîmé d'affliction. A peine le trio était-il achevé, que deux bras robustes m'enlèvent de dessus mon banc, en me serrant la poitrine à me la briser; c'étaient ceux de l'inconnu qui, ne pouvant plus maîtriser son émotion, et ayant remarqué que de tous ceux qui l'entouraient j'étais le seul qui parut la partager, m'embrassait avec fureur, en criant d'une voix convulsive:
—Sacredieu! monsieur, que c'est beau!
Sans m'étonner le moins du monde, et la figure toute décomposée par les larmes, je lui réponds sur le même ton:
—Etes-vous musicien?
—Non, mais je sens la musique aussi vivement que qui que ce soit.