Slaves au foyer, ils seront Canadiens dans la vie nationale…
—Ne croyez-vous pas que cela soit, irréalisable? Il faut que le plus tort absorbe le plus faible, c'est l'histoire, répondit Gilbert.
—Cela ne sera pas, si les chefs de partis ont le coeur assez haut pour étrangler les rancunes de races et respecter les libertés de chacune dans la contribution de chacune à l'essor de la patrie commune…
—Mais ces chefs?… interrompit le Français.
—Ils paraissent avoir été victimes, jusqu'ici, de la violence des passions, de l'incertitude de l'idéal… Aujourd'hui, un mouvement sourd se fait dans les profondeurs de la vie canadienne… La poussée en est venue jusqu'à eux… Ils verront bientôt clair dans l'action une qu'ils auront à poursuivre…
—Cela est intéressant, j'aurai désormais l'oeil sur l'évolution de votre pays, conclut Gilbert, un peu sceptique.
—Et il est ravissant, votre pays, Monsieur Hébert! s'écria Madame
Delorme: j'adore, surtout, un arbre superbe que vous devez connaître;
Cette île en foisonne; en voici, là.
Et, du geste, elle indiquait, dans le bois du Bout de l'Ile, une touffe d'érables. Près du rivage, les embarcations légères se miraient dans l'eau plus sombre. La jeune fille associait l'endroit à certains paysages enchanteurs du lac Majeur. A gauche, la pointe gracieuse de Saint-Joseph de Lévis masquait encore la ville. Un silence presque général se fit soudain parmi les passagers: ils attendaient, avec une émotion mystérieuse, la révélation de Québec.
—C'est l'érable, Madame, avait, répondu le jeune homme. Il est l'orgueil de nos forêts… La feuille d'érable est sacrée, chez nous… L'automne, elle se pare de mille couleurs avant, de mourir… La neige la recouvre, mais elle est toujours vivante dans nos coeurs…
—Maple leaf for ever, disent vos frères les Anglais, remarqua la jeune fille.