[89] Archives nationales, série W, carton 191.

[90] Rapport anonyme, déjà cité.

[91] Audinot, boulevard du Temple, était directeur de l'Ambigu-Comique ou Théâtre du sieur Audinot. C'est de lui que l'abbé Delille a dit : Chez Audinot l'enfance attire la vieillesse. Sa troupe, en effet, avait été composée au début d'acteurs de dix à douze ans. Plus tard, il les remplaça par de jeunes artistes plus âgés.

[92] Rapport du 4 ventôse ; Archives nationales, série W, carton 112.

La nuit dernière rue Jean St. Denis une femme est venue réclamer sa fille qui était couchée avec un de ces individus qui n'ont pour gitte que les maisons de débauche. Cette citoyenne après avoir longtemps frapé à la porte la maîtresse de cette maison dite de bourgongne lui dit quelle se trompait que sa fille n'était pas couchée chez elle ce que la mère de la fille voyant elle fut chercher la garde avec un comisaire quayant fait perquisition ils trouvèrent la fille couchée au grenier dans un tats de paille ou lon lavait faitte réfugier. Lon remit la fille à sa mère qui lammena chez elle et la maîtresse de l'hôtel de bourgongne dit avec le fron dont ces sortes de femmes sont capables quelle ne croyait pas que la fille fut chez elle[93].

[93] Rapport du 15 pluviôse ; Archives nationales, série W, carton 191. Le rapport se termine par cette note : « La Comune a pris un arrêté contre les filles pubiques (sic) aujoud'hui jai vu racrocher par la fenètre d'un premier rue des Etuves à droite entrant par la rue St. Martin. »

Aujourd'hui, la loi relèverait contre le séducteur de bas étage ici mis en cause le délit de détournement de mineure. En 1794, la police ne peut que rendre la fille à la mère et laisser le citoyen Alphonse préparer un coup plus profitable. Il n'y manquera point d'ailleurs et il se fera la main en déménageant clandestinement les meubles de la chambre garnie où loge la fille qui l'entretient. C'est le vulgaire déménagement à la cloche de bois, si on ose dire, que signale Rollin, quand il écrit : « Tous les jours, dit-on, on déménage des chambres à l'insu et sans le consentement des propriétaires des meubles et des effets. » Sans surprise, on apprendra que « beaucoup de ces honnêtes fripons n'ont d'autre demeure que chez les filles publiques[94] ». Quand les meubles font défaut à leur déplorable activité, ce sont les mouchoirs à l'Opéra[95], les portefeuilles, les montres[96] qui sont l'objet de leurs convoitises. Ils opèrent, d'ailleurs, avec la toute puissante garantie de la sécurité, car il est bien vrai, comme l'observe philosophiquement un mouchard, que « rien ne ressemble mieux à un honnête homme qu'un coquin[97] ».

[94] Rapport du 18 pluviôse an II ; Archives nationales, série W, carton 191.

[95] Rapport de l'observateur Bacon, 2 ventôse an II ; Archives nationales, série W, carton 112.

[96] Rapport du 18 pluviôse, déjà cité.