[108] Rapport de police du 2 germinal an II ; Archives Nationales, série W, carton 174, pièce 24.
[109] Archives nationales, série W, carton 174, pièce 80.
Cette décence d'un républicain, quelle est-elle? Est-ce cette morale publique que réclame le placard officiel affiché dans les endroits publics : La Convention nationale rappelle à tous les citoyens et à tous les fonctionnaires que la justice et la probité sont à l'ordre du jour dans la République française[110]? Est-ce la promesse : Ici on se tutoie. Ferme la porte s'il vous plaît[111]? Entre ces divers genres de décence républicaine, le buveur a le droit de choisir dans les cabarets de la Terreur. Mais c'est bien de cela, que la taille d'une fille serrée par un bras, le verre empoigné par la main tremblante, qu'on se préoccupe! Ce que présentent les cabarets de 93 et de 94, c'est le spectacle toujours pareil des cabarets, sous quelque régime que ce soit. Tels ils furent sous la lieutenance de M. de Sartine, tels ils demeurent sous la dictature jacobine de Maximilien de Robespierre. Autour de ces tables poisseuses, sur lesquelles ne se chantent plus les couplets gaillards et libertins d'un Vadé de bastringue, mais où se déclament les motions du club, ce sont toujours les mêmes trognes enluminées par le gros vin de France, et, seins lâchés, caracos volants, les mêmes filles publiques.
[110] Cité par M. Henri Monceaux, La Révolution dans le département de l'Yonne, 1788-1800, essai bibliographique ; Paris, 1890, in-8, no 1758.
[111] Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, tome II, p. 238.
V
Court chapitre consacré aux agréments nocturnes.
Les ombres du soir tombant ne privaient pas certaines rues du triste privilège d'être le champ-clos des disputes galantes. La ténèbre des voies mal éclairées aidant[112], les filles publiques avaient beau jeu pour vider sur le pavé leurs querelles.
[112] On lit dans un rapport de l'inspecteur Latour-Lamontagne, à la date du 26 pluviôse an II (14 février 1794) : « Ce soir l'obscurité était si profonde sur les boulevards qu'on se heurtait à chaque pas les uns sur les autres et que plusieurs personnes en tombant ont été grièvement blessé. » Archives nationales, série W, carton 191.