De mode comme en ce pays!
Ce qui n'est point d'ailleurs fait pour effrayer les libertins qui, en matière d'amour, n'ignorent aucune audace. A la poussière que soulèvent tant de pas foulant les dalles et les planchers, elles mêlent les parfums violents de leurs chevelures nouées sur des cous roses où se plaque, souvent à l'improviste, le baiser sonore d'un qui ne saurait se payer que cette peu coûteuse satisfaction. De là, des bagarres et des rixes comme celle à laquelle assista, le 6 pluviôse (25 janvier), l'inspecteur Le Breton, et au récit de laquelle il importe de conserver toute sa saveur : « Dans le jardin de l'Egalité, rapporte-t-il, plusieurs femmes ont hué et honni un citoyen qu'elles ont renvoyé des jardins et des galeries à grands coups de poings pour ne leur avoir donné qu'un assignat de 5 livres après en avoir joui, à partager entre quatre. » Cette colère ne laisse pas que d'être déconcertante. Quoi! voici un valeureux et avantageux citoyen qui a donné du plaisir à quatre de ces dames, et, au lieu de l'admirer, de vanter sous les galeries ses exploits amoureux, elles lui infligent la correction d'une incroyable et blâmable rapacité? Ce n'est point de cette oreille-là qu'elles entendent prendre part au joli plaisir d'amour. « Cette scène a beaucoup fait rire[150] », conclut Le Breton. Nous le croyons sans peine sur parole.
[150] Archives nationales, série W, carton 191.
Un assignat, c'est de la mauvaise monnaie au Palais-Egalité :
J'ai des assignats dans ma tabatière,
J'ai des assignats
Qu'on ne paiera pas ;
J'en ai des bleus, des noirs et des blancs,
Mais ce n'est pas de l'argent comptant…[151]
[151] Actes des Apôtres, no 164, p. 12.