A Paris, dès le premier jour,

Tout vieillit aux yeux de la mode ;

Tout s'use, excepté la méthode

D'aimer sans avoir de l'amour…[179]

[179] Almanach des modes et de la parure.

C'est pourquoi, au Palais-Egalité, si la faveur des filles publiques ne diminue guère, celle des robes, des chapeaux subira des éclipses, réflétera les opinions du moment avec une diversité qui n'aura d'égale que celle de la politique. Car il en est ainsi, la politique, qui n'aura guère d'influence sur le tarif des nymphes, en aura une, profonde, tenace, sur leurs modes. N'est-ce pas à un événement politique qu'on devra, au début de la Révolution, des modes « couleur sang de Foulon » chez les marchands du Palais-Royal[180]? Qui l'aurait cru? La mort du contrôleur général des finances fournissant à la mode un élément nouveau! « En se contentant d'examiner la coupe des vêtements, dit Carlyle, cette futile chose si visible, on pourra en déduire une foule d'autres choses qui ne se discernent pas aussi facilement[181]. » Rien de plus vrai. Ces coiffures aux charmes de la liberté, à la nation, à la sans redoute, à l'espoir[182] ne disent-elles pas que sur les ruines de la Bastille l'aurore de la liberté française s'est levée? C'est là ce qui se porte en 1789. Aux coiffures à la sacrifiée, à la lucarne, à la victime, ne reconnaissez-vous pas celles qui seront en faveur en fructidor an II? Dès 1787, le costume féminin s'est simplifié. Les majestueux paniers ont été abandonnés pour les pierrots[183]. Les jupes serrées remplacent les ampleurs exaspérées par les vertugadins, chers au grand siècle.

[180] Comte de Montgaillard, vol. cit., p. 106.

[181] Thomas Carlyle, The French Revolution ; a history ; London, 1888.

[182] Prospectus du sieur Depain, auteur de ces coëffures, avec privilège du Roi, rue Saint Honoré au coin de celle d'Orléans au premier au dessus du café du Grand Balcon.

[183] Souvenirs du baron de Frenilly, pair de France… déjà cit.