C'est à peu près le même sentiment qui a fait écrire, le 25 pluviôse (13 février), à Rollin :

Plusieurs marchands de nouveautés (en librairie) se permettent de vendre des livres propres à corrompre les mœurs et notamment un intitulé la nouvelle Sapho[231].

[231] Archives nationales, série W, carton 191.

Cette Nouvelle Sapho — quelque chose comme l'Examen de Flora d'une lesbienne — c'est un legs de l'ancien régime à la Terreur. Elle parut pour la première fois dans l'Espion anglais (tome X, p. 196 et suivantes) sous le titre : Apologie de la secte anandryne ou exhortation à une jeune tribade. En 1789, on la publia avec un nouveau titre : Anandria ou confession de mademoiselle Sapho. Didot, en 1793, l'augmenta de quelques images obscènes et la réédita dans le format in-18. C'était alors La Nouvelle Sapho ou histoire de la secte anandryne publiée par la C. R. C'est celle-là, sans doute, qui effarouchait le policier Rollin. Mais les avatars de cet écrit n'étaient point terminés. En cette même année 1793, les marchands de nouveautés mirent en vente le Cadran des plaisirs de la Cour ou les aventures du petit page Chérubin pour servir de suite à la vie de Marie-Antoinette, ci-devant Reine de France. Le volume se terminait par la Confession de Mademoiselle Sapho. Et sans doute constitue-t-elle encore aujourd'hui un numéro des catalogues spéciaux que nous dépêchent Amsterdam et Bruxelles.

Avec Clément, nous revenons aux estampes licencieuses :

Les marchands d'estampes exposent toujours des gravures ou tableaux en plâtre très obscénnes. Il y en avoit d'étallés hier sur le boullevard et sous les arcades de la place de l'Indivisibilité[232].

[232] Rapport à la Commune, 28 floréal (17 mai) ; Archives nationales, série W, carton 124, pièce 55.

Jusqu'ici, on s'est contenté de signaler l'abus ; avec Charmont, nous allons connaître le remède qu'il importe d'appliquer énergiquement. Le rapport du 9 germinal (29 mars) nous l'apprend :

On demande très fort qu'il soit fait des visites domiciliaires chez tous les libraires de paris afin de leurs otter tout les ouvrages qui sont contraires au bonnes mœurs et aux vertus républicaines et on assure que ce sera un grand point pour la régénération des mœurs[233].

[233] Archives nationales, série W, carton 174, pièce 117.