[276] La Feuille du Matin, janvier 1793, no 63.
L'énorme deuil national enveloppa Paris comme au jour où la pompe funèbre triomphale de Mirabeau marcha au Panthéon. Ce fut là que la Convention, malgré la raillerie royaliste[277], fit monter le cadavre du conventionnel. Les clochers et les tambours, les lauriers et les cyprès, la verte flamme des torches funéraires, tout cela assura aux funérailles nationales du martyr l'éclat d'une gloire solennelle. En frappant le roi, il s'était frappé lui-même. L'un recueillait la fosse commune de la Madeleine, l'autre la cave pleine de gloire du Temple des Grands Hommes. Le restaurant Fevrier (il occupait cinq arcades, galerie Montpensier) se drapa dans l'éclat de cette gloire tragique, occupa quelques semaines l'attention, mais bientôt les gourmets se détournèrent de ces tables que ne garnissaient que de sobres menus et où s'était mal séchée la flaque de sang du 20 janvier.
[277] Ce fut encore la Feuille du Matin qui publia, à propos de ces funérailles et du décret envoyant Lepelletier au Panthéon, ce quatrain qui ne le cède en rien à l'épitaphe :
Tout est changé dans nos affaires,
Jusqu'aux fourches patibulaires,
Autrefois c'était Montfaucon ;
Aujourd'hui, c'est le Panthéon.
Quiconque sera convaincu d'avoir pratiqué des intelligences machinations ou entretenu des intelligences avec des puissances etrangeres ou avec leurs agents pour les engager a commettre des hostilités ou pour leur indiquer les moyens d'entreprendre la guerre contre la france sera puni de mort soit que les dittes machinations ou intelligences ayent ou non été suivies d'hostilités.
Autographe de Lepelletier de Saint-Fargeau.