Mais comme il approchait, il entendit une grande rumeur.

Malgré l'heure matinale, la rue était pleine de monde et l'on s'entretenait dans les groupes de choses qui tout d'abord le firent frissonner; plus mort que vif, et sentant son cœur s'en aller, il essayait et craignait de comprendre, lorsque la porte s'ouvrit avec fracas et le Muezzin, la face rouge et boursouflée, la tête pelée et nue, l'œil sanguinolent, parut sur le seuil. Il enfonçait ses doigts osseux dans sa barbe blanche et criait:

—Volée, on me l'a volée. Meryem, ma douce Meryem, la perle de l'oasis. Cinq cents douros, mes enfants, j'en avais refusé cinq cents douros. Et voilà que je perds tout à la fois, les écus et le sang de mon sang. Justice, braves gens, justice! Laisserez-vous dépouiller un père? Je sais qui a fait le coup, c'est ce chacal maudit, ce vagabond voleur à qui je l'ai refusée. Lagdar, le chien Lagdar, le fils du caïd El-Arbi. Khaoui-bel-Khaoui! Ruiné, fils de ruiné; oui, il l'aura cachée chez une hideuse vieille qui fait trafic d'amour. Sus à lui, mes enfants! Gens de Msilah, sus à lui.

Et par la porte ouverte on entendait les cris aigus des femmes, qui hurlaient toutes à la fois comme une nuée de corneilles en délire:

—Sus à lui! Sus à lui!

Et un grand nègre brandissant un long bâton, criait plus fort que les autres:

—Sus à lui!