Elle appelait: «Lagdar! Lagdar!» C'était Mansour qui répondait, et lassée de la lutte inutile, elle s'était livrée au vainqueur. Quand le premier rayon du soleil glissa au-dessus des mamelons mouvants de l'horizon, depuis longtemps la fille du Muezzin s'était tue. Enfourchée sur la selle du maître qui l'avait conquise et pressée contre lui, elle pleurait silencieusement ses amours laissées derrière elle, ses timides amours perdues; épouvantée, mais courbée sous cette destinée fatale qui l'en arrachait pour toujours.


XLIII

l l'entraîna bien loin et la cacha pendant trois mois dans les cités du Tell, à Batna, puis à Setif, enfin à Constantine. Peut-être avait-elle fini par aimer cet audacieux plein de violences et oublié le doux Lagdar? Du moins, elle n'en parlait plus, elle se faisait à cette vie, et un soir elle annonça qu'elle ressentait dans ses entrailles d'étranges tressaillements. Mansour, à cette nouvelle qui met le cœur des époux en fête et les fait redoubler d'attentions et de caresses pour la femme aimée, Mansour fronça le sourcil.

Et au matin, à la porte de la Brèche, il s'enquit des chameliers qui partaient pour le Souf.

Quelques jours après il fit monter Meryem dans un palanquin et l'escorta à cheval jusqu'à l'entrée du Beled-el-Djerid.

—Retourne à ton père, dit-il, en déposant dans la litière un lourd sac de cuir, voici le prix de ta sadouka; et la baisant une dernière fois sur la bouche, il la confia aux chameliers et lui dit adieu.