Elle s'y mettait à l'ombre sans voile, et sous le feuillage vert, entre le haouch et l'épaisse haie de cactus, dans le fourmillement des lis, des jasmins et des roses, nul œil indiscret n'eût pu l'apercevoir.

D'ailleurs, depuis qu'elle avait grandi, Mansour respectait ses petits secrets de fille, et pendant sa toilette, l'Oudou-el-Kebir que le Prophète a prescrit comme acte religieux, sachant bien que la propreté du corps est l'avant-garde de celle de l'âme, et que ceux qui ne se lavent pas ont l'âme aussi sale que les flancs—pendant la grande ablution alors que, nue et rayonnante de sa naissante beauté, elle faisait couler sur ses épaules, ses seins, ses hanches et toutes ses chairs jeunes et fermes, les vivifiants ruissellements de l'onde fraîche, il n'eût pas voulu hasarder un regard. Il eût trop craint d'être surpris par elle, et qu'alors une pensée mauvaise ne vînt déflorer la virginité de ce cœur.

Il la laissait donc seule, plein de respect pour son enfantine chasteté, faisant bonne garde au dehors, certain de la retrouver le jour où il la voudrait, dans tout l'éblouissement de sa beauté immaculée.


VII

près l'ablution, lorsqu'elle reparaissait sous le haik de laine, il se plaisait à la voir se parer.

Tantôt il lui faisait revêtir le coquet costume des Mauresques d'El-Bahadja la guerrière[13]; tantôt il la voulait vêtue comme les filles du Souf. D'autres fois, il l'enveloppait comme celles de Constantine avec le foutah serré sur les hanches, ou la grande gandourah tombant aux talons. Mais ce qui lui plaisait le plus, c'était de la voir, avec la simple tunique des nomades du Tell, ouverte sur les côtés, les bras nus jusqu'aux épaules où s'attachaient les boucles d'argent, et, aussi peu habillée qu'une fille puisse l'être, vaquer aux travaux de l'intérieur et aller et venir dans la maison.