Haouch, jardin, saules au bord de la source, le marais et ses roseaux, avec les vapeurs flottantes le matin, et le soir la brume légère, la grande plaine grise, et, au-delà, la légère ondulation des montagnes bleues, c'était sa patrie, ses horizons, son univers.
Elle y vivait indifférente au reste.
Parfois elle se tournait, en rêvant, du côté de la ville, essayant de voir ses vieux murs lézardés, qui s'allongeaient au milieu de la végétation échevelée de l'oasis; elle ne distinguait que la riante nappe verte d'où s'élançait gracieusement le frêle minaret de la mosquée.
Elle avait un secret effroi de ces tas de maisons, de ce fourmillement de gens et de bêtes, de ces hommes et de ces femmes qui, lorsqu'elle passait sur sa mule, enveloppée dans les bras de Mansour, semblaient vouloir la dévisager sous son voile.
Ah! comment pouvait-on respirer et vivre dans cet amoncellement de pierres, ce mélange d'haleines, cet étouffement de poitrines! Comme elle était bien mieux dans sa solitude, libre dans sa maison libre!
Elle y chantait en son âme des poèmes qu'elle n'avait appris dans aucun livre d'homme, par aucune langue de femme, mais que lui soufflait à l'oreille la voix grave des ouragans d'automne, lorsque, rués dans la grande plaine, ils couchaient les roseaux sur le marais et secouaient les burnous des cavaliers galopant au loin, courbés sur l'encolure des buveurs d'air.
Ou bien, quand le ciel est rouge et jaune, elle écoutait venir le simoun et, l'œil noyé de plaisir, les narines dilatées, elle courait au-devant de ses baisers de feu.
Ces symptômes alarmaient Mansour, qui lui criait:
—Pourquoi fais-tu ainsi? les morsures du simoun sont fatales aux jeunes filles.
—Il ne mord pas, il caresse, répondait-elle; c'est bon.