Mais elle n'osa tourner la tête, et continua de marcher, ne pouvant courir, sentant ses jambes chanceler.
En même temps, le Thaleb criait:
—Afsia! Afsia!
Cette voix aimée lui fit du bien. Elle revint à elle et reprit à grands pas le chemin du haouch.
—Pourquoi t'éloignes-tu ainsi? demanda-t-il. Je n'aime pas te voir approcher du marais! Ne t'ai-je pas dit déjà que Satan l'empoisonneur est caché dans ces touffes noires, et qu'il souffle, avec la fièvre, des mauvais propos aux oreilles des jeunes filles?
Afsia ne répondit pas; elle ne s'approcha pas du Thaleb, de crainte de déceler l'émoi qui la pâlissait, elle alla derrière le haouch et s'assit au bord du ruisseau.
Elle pensait. Elle pensait à cette voix qui l'avait tant effrayée, et s'accusait d'être une sotte, se disant que c'était lui qui se cachait là, celui qui l'aimait, et que, puisqu'il l'aimait, il ne lui aurait pas fait de mal. Pourquoi ne s'était-elle pas couchée dans les joncs, comme il l'en priait. Le Thaleb ne l'aurait pas aperçue et elle aurait pu le voir, lui, le consoler, lui dire de ne pas mourir. Et au lieu de cela, elle n'avait pas répondu, et s'était enfuie semblable à une folle! Comme elle devait lui paraître stupide, grossière et sauvage! C'est fini, il ne l'aimerait plus.
Et de dépit, elle arrachait de grosses poignées de fleurs qu'elle jetait dans le courant.
—Eh! dit Mansour, pourquoi noyer ces fleurs que tu aimes?