XLV
ui, le haouch était perdu dans les noires profondeurs. Il avait rayonné trop longtemps dans la plaine, avec son toit rouge et ses murailles blanches et sa joyeuse oasis verte. Il avait vibré trop longtemps sous les gais éclats de son hôtesse, les gais chants de ses oiseaux. C'était assez. Voilà que l'ombre sinistre s'étend sur lui, et le malheur qui l'avait oublié, s'arrête, et secoue sur sa quiétude son aile toute chargée de pleurs.
Chacun son tour. Chacun son tour. C'est le frère aîné de la mort. Il lève avant elle la contribution posée sur nos têtes. Tous passent par ses mains brutales, car, petit est le nombre des justes qui ont su les éviter. «A moi aujourd'hui, demain à toi.» C'est le mot écrit à l'entrée des champs où l'on enfouit notre chair morte; c'est la menace que jette à ceux qui rient ou qui pleurent l'ombre de celui qu'on va donner aux vers. Mais c'est surtout le mot qu'à l'heureux qui festoie doit jeter le misérable.
O toi qui souris à la vie, adolescent, adolescent aux yeux humides, toi qui au milieu des roses savoures le sein de ta maîtresse, la tête enfouie dans le doux sillon, hâte-toi de rire, de jouir et d'aimer, car, l'infortune est là qui te guette pour te glacer, à jamais, et les lèvres et le cœur.
—Allah! Allah! pourquoi ces misères? gémit l'insensé qui s'est laissé surprendre par le visiteur lugubre.
Mais il répond:
—Rentre en toi-même, imbécile, et ne t'en prends qu'à toi des colères du destin. Regarde derrière. Ne m'as-tu pas frayé une route assez large? Voilà vingt ans que tu travailles à m'aplanir la voie. Je passais, je l'ai vue toute tracée et toute droite; je l'ai prise et maintenant me voici.
Et le voilà qui frappe à la porte du haouch et qui dit:
—C'est moi, me voici!