XLVII
t quand ce fut fait, il voulut la voir, pour jouir plus pleinement de son triomphe; et, ayant rallumé la lampe, il la reprit dans ses bras.
Jamais, dans ses courses à travers les tribus, il n'avait rencontré plus ravissant visage, jamais, soulevant le voile des filles des Hadars, il n'avait baisé d'aussi appétissantes lèvres, jamais, dans les races de l'Islam, si fertiles en beautés, il n'avait vu briller des yeux aussi noirs. Il ne se lassait pas de la regarder, et souriait.
Elle le regardait aussi, mais ses lèvres étaient sans sourire. À travers ses larmes, on voyait l'épouvante. Son cœur, étonné, restait triste. Elle entrait dans la vie par la porte mauvaise, et la vue de cet amant ne lui laissait que le remords.
«Quoi! est-ce donc là l'amour?» disait son regard; mais peut-être ne pensait-elle pas encore; elle était anéantie en face de cet homme qui venait, d'une façon si subite, se ruer au milieu de ses jours. «Quoi! c'est là tout? c'est là tout! Oh! El-Messaoud, El-Messaoud! c'était donc ce que voulait cet homme!» Mais elle ne savait pas. Pourquoi lui avait-il laissé ignorer? Elle se serait défendue, elle n'aurait pas ouvert. Il avait cru garder sa chasteté en la tenant dans l'ignorance du mal, et voilà que sa chasteté ignorante a ouvert toute grande la porte au larron d'honneur. Elle savait maintenant; elle comprenait. Qu'allait-elle devenir! Et l'autre, pourquoi n'était-il pas accouru?
Tout cela passa en deux secondes dans son cerveau. Puis il cessa de penser. Il semblait se paralyser sous les âpres morsures d'un vent glacial, et cependant sa tête brûlait. Quant à son cœur, elle ne le sentait plus. Elle avait la poitrine oppressée comme ceux sur lesquels a fondu une subite infortune; ses entrailles se tordaient, et elle sentait grandir sa terreur.
La voyant ainsi accablée, le séducteur haussa les épaules.