LII

insi qu'il eût fait d'une gerbe, il la coucha sur son bras gauche, lui arrachant sa ceinture, le foutah et le pantalon de soie. Puis, soulevant la chemise de gaze collée à ses flancs, il la lui rejeta sur le visage, comme on jette le linceul sur la face des morts.

Et, toute frissonnante, elle resta étalée, nue depuis les seins jusqu'aux chevilles.

Alors parurent les souillures de la profanation.

Sans prononcer une parole, il repoussa violemment la fille déflorée, et porta la main à son front, s'appuyant, en chancelant, à la muraille. On eût dit qu'il venait d'être frappé à la tête; seul le cœur avait reçu le coup, et il en restait étourdi.

Mais, se souvenant que son rival était là sans doute, moqueur et triomphant, il se roidit contre la douleur. Son orgueil d'homme fort, sa vieille énergie, la mémoire du passé, il fit appel à tout pour lutter contre le présent, et, remonté comme un rouage, tous les ressorts de ses nerfs tendus, il poussa un grand éclat de rire.

Ce rire, semblable à un cri d'angoisse, il l'avait poussé déjà, alors qu'il courait dans la plaine, à la certitude de son infortune. C'étaient ses larmes qu'il essayait de refouler, ses gémissements qu'il voulait étouffer et qui s'échappaient sous cette forme de sanglot. Il résolut de se montrer plus calme.

Du ton bas et lent d'un homme qui réfléchit et cause avec lui-même, il parla au-dessus de la tête d'Afsia, accroupie sur le sol, dans la position où elle était tombée, couvrant de ses bras son visage et sa honte.

—Fini, disait-il, fini. On ne peut rien contre ce qui est. Je voudrais oublier, je ne le pourrais pas. Je voudrais pardonner, je ne le pourrais pas. J'essaierais de fermer la blessure, que resterait éternellement la cicatrice. Prophète de Dieu, c'est donc le châtiment qu'Allah me réservait!